Suivre le fil de l’argent… et agir!

À travers les marchés boursiers, Goldcorp et Tahoe Resources vendent des parts de leur compagnie au grand public. Ces actions peuvent être achetées par des particuliers ou encore par des institutions financières privées et publiques gérant des fonds commun de placements et de retraites. Les actionnaires investissent donc dans les compagnies minières des capitaux qu’ils espèrent faire fructifier; ils deviennent détenteur d’une petite part de la compagnie, en assumant à la fois le risque financier et les possibilités de profits. Les entreprises minières, de leur côté, y trouvent le capital – soit des sommes colossales – nécessaire à l’ouverture et l’opération d’un projet minier.

Ces capitaux sont constitués des épargnes ou cotisations des clients ou cotisants de ces institutions, conscients ou non de la route qu’empruntent leurs sous. La Caisse de Dépôt et Placement du Québec investit les cotisations à la Régie des Rentes du Québec de près de 4 millions de Québécois-e-s. Le Régime de Pensions du Canada, quant à lui, perçoit et investit les cotisations de quelques 18 millions de Canadien-ne-s, via son Office d’Investissement. C’est donc dire qu’à travers ces deux fonds de retraite publics, la très grande majorité des Canadien-ne-s et de Québécois-e-s ont de l’argent investit dans les compagnies Goldcorp et Tahoe Resources. Nombre d’entre nous y investissons également des sous à travers les autres institutions financières qui achètent des actions de ces deux compagnies minières, par exemple la Banque Royale, la Banque Nationale, ING Direct ou AGF Investments.

En suivant le fil de l’argent, on découvre un lien financier qui nous relie aux Guatémaltèques qui subissent les dommages graves et la répression brutale reliés aux projets miniers de Tahoe Resources et Goldcorp. Ce lien fait de nous, et malgré nous, les complices passifs d’un grand nombre de violations de droits humains ayant cours au Guatemala. Mais il nous offre aussi un levier d’action pour faire une différence!

Pourtant, certaines de ces institutions financières ont adopté des principes éthiques guidant leurs investissements, et nous assurant que nos avoirs de serviront pas à financer des guerres ou des compagnies présumées coupables de graves abus et d’une destruction environnementale sans scrupules. C’est le cas notamment de la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec, du Fonds de Pensions du Canada, ainsi que du Fonds de retraite des enseignant-e-s de l’Ontario, gérant les épargnes de millions d’entre nous! En plus des principes qu’elles ont elles-mêmes adoptés, ces trois institutions ont aussi signé de leur plein gré l’initiative des Principes pour l’Investissement Responsable. Cette initiative de l’ONU engage les institutions financières privées et publiques à tenir compte de principes éthiques reliés aux droits humains et à l’environnement, de façon à prendre des décisions d’investissement non seulement rentables, mais responsables.

« Les investisseurs ont des obligations envers les actionnaires consistant à investir de façon responsable et à éviter des liens avec des violations des droits de la personnes. » 
- Ken Neumann, directeur national du Syndicat des Métallos, 2013.

En tant qu’investisseurs directs et indirects, il est possible de jouer un rôle-clé en faveur du respect des droits humains et de l’environnement au Guatemala! Participer à cette campagne de désinvestissement est un geste engagé, responsable, à la portée de tous et toutes, et qui peut faire une différence positive. Les compagnies sont sensibles à la pression exercée par le public, particulièrement par ses investisseurs. Il est possible de manifester notre désaccord par rapport aux investissements effectués avec notre argent, en questionnant les gestionnaires de nos fonds de retraites, en téléphonant à notre banque, ainsi qu’en rappelant à l’ordre les fonds d’investissements publics du Québec et du Canada, qui violent leur propres principes éthiques en investissant dans Goldcorp et Tahoe Resources.

Saviez-vous que Goldcorp et Tahoe Resources font l’objet de nombreuses polémiques depuis plusieurs années déjà? L’opposition des populations à leurs projets extractifs au Guatemala et ailleurs est très importante; les dommages sur l’environnement et la santé humaine qui leurs sont associés n’en finissent plus d’assombrir leur réputation au plan mondial. Les activités de Goldcorp et Tahoe Resources ont donné lieu à plusieurs alertes et actions urgentes d’Amnistie International, et même à des décisions de tribunaux internationaux de protection des droits humains! Goldcorp, pour sa part, a été déclassée en 2008 de l’Indice de placements éthiques Jantzi, une liste de compagnies recommandables pour les investisseurs qui souhaitent être responsables dans leurs choix.

En intégrant des considérations environnementales et sociales à leurs critères, les sociétés d’investissement reconnaissent que la performance d’une entreprise n’est pas reliée uniquement à des critères financiers. Les projets d’exploitation des ressources naturelles, lorsqu’ils sont insoutenables aux plans environnemental et humain, sont également financièrement insoutenables à long terme. Le risque de l’investissement est accru par les tensions sociales, décisions judiciaires et alertes internationales liées au projet minier; la réputation des investisseurs est mise en cause au même titre que celle des entreprises; les ressources utilisées et détériorées gratuitement par les entreprises (eau, sols agricoles, montagnes) ont un coût réel et des conséquences irréversibles pour l’ensemble de l’humanité.

Investisseur (institution publique ou privée détenant des actions dans l’entreprise)

Valeur des investissements dans Goldcorp Inc. (en $US)

Valeur des investissements dans Tahoe Resources Inc. (en $US)

Caisse de Dépôt et de Placement du Québec

Plus de 246 millions $

Canada Pension Plan Investment Board

Plus de 217 millions $

Près de 54 millions $

Ontario’ Teachers Pension Plan

Plus de 175 millions $

Office d’investissement des régimes de pension du secteur public du Canada

80 millions $

12,5 millions $

Banque Royale du Canada (RBC)

464 millions $

30 millions $

Banque de Montréal (BMO)

382 millions $

19 millions $

Caisse Desjardins (fonds Equity Growth, fonds Envionnement)

28,6 millions $

Banque CIBC (CIBC World Markets et CIBC Global Asset Management)

427 millions $

4 millions $

Banque Nationale du Canada

5,7 millions

Fidelity Investments Funds (différents fonds)

373,5 millions $

128 millions $

Empire Vie

8,7 millions $

Standard Life

7,6 millions $

322 800 $

AGF Investments

67,5 millions $

69 millions $

Industrielle Alliance

56 millions $

Manuvie

30 millions $

388 000 $

*GOLDCORP INC.

Près de 937 millions $ (40% des parts)

La liste des actionnaires nommés dans ce tableau n’est en aucun cas exhaustive. Les institutions investissant dans les deux compagnies minières ont été identifiées à partir du suivi financier de leur détention d’action, via les sites internet de suivi financier LesAffaires.com et Morningstar.com, consultés de novembre 2013 à janvier 2014, le rapport annuel de la Caisse de Dépôt et de Placement, ainsi que les Comprehensive Ownership Detail Report de Goldcorp et de Tahoe Resources. Les données du tableau ont été prélevées le 30 septembre 2013 sauf mention contraire. Le but de ce tableau n’est pas de fournir la valeur de l’investissement précise et entièrement actualisée, mais simplement, à toute fin pratique, de donner une idée de l’ampleur de l’investissement réalisé par chaque institution financière identifiée