Le Guatemala

Bienvenue au Guatemala, pays d’Amérique centrale riche de ses terres chaudes et fertiles, de ses vastes montagnes regorgeant de métaux, des ses cours d’eau abondants ainsi que de la faune et de la flore extravagantes de ses zones tropicales humides. Pourtant, c’est aussi un pays extrêmement pauvre et violent. Plus de 54% des gens y vivent dans la pauvreté ou l’extrême pauvreté. Le pays se place au 133e rang mondial par rapport au développement humain, et plus de la moitié des enfants souffre de malnutrition chronique en bas âge1. Les Autochtones mayas, qui composent près des deux tiers de la population2, ont été sévèrement désavantagées par les dynamiques d’exploitation économiques et de racisme généralisées dès l’époque de la colonisation espagnole il y a plus de cinq siècles. Cette situation reste à peu près inchangée, malgré la série d’événements qui a secoué le pays au cours des dernières décennies. Le pays reste caractérisé par des disparités économiques internes majeures, puisque moins de 2% de la population possède plus de 70% des terres. Avec la richesse résolument concentrée entre les mains de l’oligarchie, le Guatemala serait le 11e pays de la planète où les inégalités économiques sont les plus prononcées3.

Les années 1944 à 1954 furent marquées par un éveil démocratique prometteur. Les gouvernements progressistes de cette époque proposèrent de s’attaquer aux causes des disparités économiques majeures et de lutter contre la misère qui oppressait le peuple guatémaltèque. Puisque ces projets menaçaient certains intérêts économiques puissants, ces années d’espoir furent brutalement interrompues par un coup d’État fomenté par la droite oligarchique guatémaltèque ainsi que les États-Unis à travers la CIA4. Les décennies suivantes furent le théâtre d’une succession de régimes autoritaires, militarisés et répressifs, ainsi que d’un conflit armé interne qui fit plus de 200 000 victimes, en plus de 40 000 disparus et près d’un million de personnes déplacées. La Commission d’Éclaircissement Historique établit que pendant les années les plus sanglantes du conflit, le gouvernement et l’armée guatémaltèques ont planifié un génocide envers leur propre population5. En 1996, la signature des Accords de paix mis fin au conflit, sans toutefois résoudre les problématiques socio-économiques qui en étaient à l’origine. À l’heure actuelle, l’injustice sous toutes ses formes règne au Guatemala, l’exploitation économique et le racisme structurel perdurent et les violations de droits sont extrêmement courantes.


  1. Données de 2013 : The World Factbook of Central Intelligence Agency, en ligne : https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/ et le Programme des Nations Unies pour le développement, classement par pays des Indicateurs de développement humain, en ligne : http://hdr.undp.org/fr/statistiques/ 

  2. La proportion varie beaucoup d’une source à l’autre. Selon le International Work Group for Indigenous Affairs, le Guatemala est composé de 60% d’autochtones : site consulté au 20 novembre 2013 : http://www.iwgia.org/esp 

  3. Rapport de l’UNICEF politique, sociale et économique, L’inégalité mondiale, la répartition des revenus dans 141 pays, août 2012, à la page 50, et Socioeconomic database for latin america and the carribean, 2013, en ligne : http://sedlac.econo.unlp.edu.ar/eng/index.php 

  4. National security archives, George Washington University http://www2.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB4/index.html 

  5. Commission d’Éclaircissement Historique, rapport Memoria del Silencio, conclusions et recommandations, 1999