Portrait minier du Guatemala

Les Accords de paix ont signifié l’instauration de nouvelles politiques d’ouverture économique et d’attraction des investissements étrangers. Dès 1997, le code minier du Guatemala fut modifié de façon à abaisser de 6% à 1% le taux des redevances financières exigées aux compagnies minières ainsi qu’à les exempter du paiement de diverses taxes6. Dans les années 2000, le nouveau cadre législatif et l’augmentation de la valeur des métaux précieux, notamment de l’or, entraînèrent une véritable prolifération de projets miniers au Guatemala. Actuellement, la production d’or et d’argent abonde, ainsi que celle de nickel, de plomb, de cuivre et de zinc7. À travers les années, le gouvernement guatémaltèque accorde des centaines de permis d’exploration et d’exploitation minière, valides pour 25 ans et renouvelables, à des sociétés minières privées dont plusieurs sont enregistrées au Canada.

GOLCORP est une compagnie d’extraction aurifère basée à Vancouver, inscrite à la bourse de Toronto (TSX) ainsi qu’à celle de New York (NYSE) et dont la production totalise plusieurs milliards de dollars US par année. Elle mène ses activités extractives notamment au Canada, aux États-Unis, au Mexique, au Chili et en Argentine. Au Guatemala, ses filiales subsidiaires nommées Montana Exploradora de Guatemala et Entre Mares possèdent les concessions d’exploitation pour trois projets d’extraction d’or et d’argent, Marlin, Cerro Blanco et Chocoyos, en plus de détenir plusieurs concessions d’exploration.
 
TAHOE RESOURCES est aussi enregistrée en Colombie-Britannique et inscrite aux bourses de Toronto et de New York. Elle se concentre sur le projet Escobal au Guatemala, une mine d’or et d’argent appartenant auparavant à Goldcorp. De fait, les liens entre les deux compagnies sont assez étroits, puisque Goldcorp détient près de la moitié des actions de Tahoe Resources, et que les deux sociétés ont été fondées et administrées, à travers les années, par des gens d’affaire en commun.8

Les activités minières des compagnies Goldcorp et Tahoe Resources au Guatemala partagent également plusieurs caractéristiques communes. Ainsi, les projets Marlin, Chocoyos, Cerro Blanco et Escobal ont tous été prévus et/ou opérés sans que l’État guatémaltèque ait obtenu le consentement libre et éclairé des communautés environnantes. Dans chacun des projets, la contestation existe résolument. Les populations autochtones mayas, subissant les effets de ces mines d’or et d’argent, se sont mobilisées d’une multitude de façon pour exiger le respect de leurs droits fondamentaux et la protection de leur environnement9. Malgré la tension vive et les impacts catastrophiques observés et documentés sur l’environnement et la santé publique10, les sociétés minières canadiennes poursuivent leurs activités. Le cas de la mine Marlin, d’où ont été extraits plus d’un million d’onces d’or depuis 2005,11 constitue un cas emblématique en Amérique latine. Goldcorp y a poursuivi l’extraction malgré tous les impacts sanitaires observés, les polémiques et les oppositions, et même après qu’un Tribunal international de protection des droits humains ait ordonné en vain à l’État guatémaltèque de suspendre les activités d’extraction de ce gisement12.

Les métaux précieux sont rarement destinés à un usage que l’on pourrait qualifier de « nécessaire », par exemple une proportion de près de 90% de l’or consommé dans le monde sert à la fabrication de bijoux et de pièces de monnaie de collection13. Pourtant, au Guatemala comme ailleurs, les activités extractives sont extrêmement prospères. La valeur de l’or et de l’argent sur le marché mondial semble s’accroître sans retenue, ayant augmenté de plus de 450% depuis 200114. La marge de profit est environ quatre fois plus élevée que les coûts de production et se compte en milliards de dollars.  Malheureusement, cette industrie jouit trop souvent d’une rentabilité extraordinaire simplement « parce que les coûts vitaux de l’exploitation sont assumés par les populations»15, qui subissent aux premières lignes les impacts environnementaux et les effets nocifs sur la santé humaine.


  1. CORDAID, Mining Conflicts and Indigenous Peoples in Guatemala, septembre 2009, à la page 11. 

  2. McGill research group investigating Canadian mining in Latin America (MICLA), Guatemala Key Data, page consultée le 10 novembre 2013: http://micla.ca/countries/guatemala/ 

  3. Site web officiels de Goldcorp Inc : http://www.goldcorp.com/ ainsi que de Tahoe Resources Inc : http://www.tahoeresourcesinc.com/, consultés le 3 novembre 2013; The Globe and Mail, Goldcorp sells Escobal deposit to Tahoe, 23 août 2012, en ligne: http://www.theglobeandmail.com/globe-investor/goldcorp-sells-escobal-deposit-to-tahoe/article1371902/ ; Morningstar Research Inc 2013, Propriétaires principaux de Tahoe Resources Inc, en ligne : http://quote.morningstar.ca/Quicktakes/owners/MajorShareholders.aspx?t=THO®ion=CAN&culture=fr-CA, page consultée le 20 novembre 2013. 

  4. McGill Research Group Investigating Canadian Mining in Latin America, “Guatemala: mining conflicts”, en ligne: http://micla.ca/countries/guatemala/ 

  5. Consultez au début de cette section la Liste des organisations vouées à la documentation des impacts et conflits reliés à l’industrie minière au Guatemala

  6. Goldcorp Inc, http://www.goldcorp.com 

  7. Commission Interaméricaine des Droits Humains, Mesures préventives MC 260-07, 20 mai 2010, en ligne : http://www.oas.org/es/cidh/decisiones/cautelares.asp 

  8. FEPS Fondation de l’Eau potable sûre, rapport Exploitation minières et la pollution de l’eau, rapport en ligne : http://www.safewater.org/PDFS/knowthefacts/frenchfactsheets/exploitationminierepollutioneau.pdf 

  9. Pourcentage établi à partir des valeurs de l’once d’or entre 2001 et octobre 2013, source : indices de la Bourse de Toronto http://www.tmxmoney.com/fr/index.html et Comptoir Change Opéra, Évolution du prix de l’or depuis 1995 : http://www.ccopera.com/or/evolution-des-cours/historique1955.html 

  10. Projet Accompagnement Quebec Guatemala, Entrevue avec Daviken Studnicki Gizbert du MICLA, revue d’actualité juin 2010.