La responsabilité sociale des entreprises et le développement… des opérations de marketing?

De nos jours, la plupart des grandes compagnies minières possèdent un volet très publicisé sur la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), une attitude corporative très en vogue qui prône la prise en compte des préoccupations sociales et environnementales. L’idée est excellente. Malheureusement de nombreuses entreprises adoptent ce discours pour redorer leur image, tandis que leurs pratiques sur le terrain n’ont rien de responsable! Une étude a dévoilé que 78% des violations de droits humains commises par les sociétés minières durant une décennie étaient attribuables à des entreprises possédant une politique de Responsabilité sociale des entreprises!

Le développement… pour qui et à quel prix? Photo #3

De façon générale, l’industrie minière insiste beaucoup sur le développement qu’elle engendre là où des projets miniers sont établis, qu’il s’agisse de la création d’emplois, de la construction de nouvelles infrastructures ou des revenus générés pour le pays d’accueil. À ce titre, le développement est présenté comme un objectif  incontestable et utilisé pour justifier les projets miniers malgré les dommages observés sur l’environnement et la santé humaine. Cela repose sur une présomption selon laquelle tout investissement amène nécessairement un développement bénéfique, peu importent les circonstances et le type d’industrie. Mais qu’en est-il vraiment?

On insiste souvent sur le fait que les mégaprojets extractifs entraînent le développement d’infrastructures (routes, barrages et réseaux hydroélectriques, ports, etc.) bénéfiques à l’ensemble de l’économie. Goldcorp et Tahoe Resources insistent d’ailleurs sur les bénéfices de ce type d’apports pour valoriser leurs projets corporatifs26. En réalité, les infrastructures engendrées par les mégaprojets du secteur privé sont rarement pensées de façon à profiter aux populations locales les plus marginalisées. Le lien entre infrastructures et développement est loin d’aller de soi27. L’industrie minière se félicite également de générer la création d’emplois là où elle mène ses grands projets extractifs. Toutefois, les emplois reliés à une mine ne sont pas toujours attribués à des travailleurs locaux, présentent souvent des risques majeurs pour la santé des travailleurs, et ils durent un nombre très limité d’années, alors que les impacts négatifs de la mine perdureront bien davantage. Les entreprises utilisent des multiplicateurs pour calculer, à partir des emplois directs, le nombre d’emplois indirects générés par un projet minier. OXFAM avertit à ce sujet que ces opérations de multiplication sont parfois manipulées et truquées de façon à obtenir un  résultat beaucoup plus important et impressionnant que la réalité28.

Au plan économique, l’industrie minière ne génère pas de bénéfices majeurs pour les gouvernements nationaux et les communautés locales. Avec un apport équivalent à 7 millions $US à l’État et aux municipalités en 201229, le secteur extractif en général représente moins d’un pourcent du PIB du Guatemala, et est loin d’être un gage de développement économique soutenu. Dans son rapport, OXFAM en est venu à la conclusion qu’en Amérique centrale, l’industrie minière n’apporte pas de bénéfice substantiel, et peut carrément contribuer à ébranler et à affaiblir l’économie locale.

La mine ne fait qu’extraire un produit non renouvelable du sous-sol, puis s’en va. Les coûts sociaux et environnementaux se répercutent à long terme, et les profits engendrés par les métaux extraits ne représentent pas une somme significative pour le développement des communautés et l’économie du pays d’accueil.

  1. Sites web de Tahoe Resources, page « Corporate Social Responsability » et site web de Goldcorp, page « Responsible Mining ». 

  2. Banque Mondiale, rapport Transformation Through Infrastructure, Issues and Concept Notes, 2011, en ligne : http://siteresources.worldbank.org/INTSDNET/Images/5944693-1241627660763/Infrastructure_Concept_Note.pdf 

  3. OXFAM America, rapport Metals Mining and Sustainable Development in Central America, Thomas M. Power, 2008 

  4. Direccion general de mineria de Guatemala, Anuario Estadistico Minero 2012, en ligne: http://www.mem.gob.gt/wp-content/uploads/2012/05/ANUARIO-ESTAD%C3%8DSTICO-MINERO-2012.pdf