L’industrie minière canadienne

Le Canada compte plus d’entreprises d’extraction minière que tout autre pays : environ 75% des sociétés minières du monde entier sont enregistrées au Canada, et environ 60% sont également inscrites à la Bourse de Toronto (TSX).35 Cela n’est pas un hasard: elles bénéficient au Canada d’un ensemble de facteurs légaux, politiques, diplomatiques et économiques qui leur sont largement favorables. Industrie Canada déclarait déjà dans les années 1990 que l’État et les entreprises multinationales installées au Canada seraient “partenaires dans la course à l’obtention d’un avantage concurrentiel”, et que les politiques canadiennes en matière de commerce et d’affaires étrangères mettraient “l’accent sur les multinationales et leurs investissements”.36 On peut également observer que l’Agence canadienne pour le développement  international (ACDI) intervient avec plus d’insistance et de moyens dans les régions où des  entreprises canadiennes possèdent des concessions minières, finançant des réformes des Codes miniers ou développant des infrastructures nécessaires aux projets extractifs.37

La Bourse de Toronto (TSX) est l’un des plus importants bassins de capital de haut risque. Elle offre des avantages très compétitifs aux compagnies minières, tels que d’importantes liquidités pour les échanges, un accès au capital américain, ainsi que la possibilité de s’inscrire à plus d’une bourse à la fois. Il y existe un cadre réglementaire ayant pour but la promotion de la prise de risques des actionnaires, mais aucune réglementation applicable aux entreprises en matière de respect des droits humains.38

Des personnages politiques canadiens contribuent aussi de façon ponctuelle à l’appui diplomatique des entreprises minières, malgré les scandales de violations de droits humains et de conflits communautaires dont elles sont souvent soupçonnées.39 Ce fut le cas notamment d’ambassadeurs canadiens qui ont fait des déclarations publiques au Guatemala, promouvant les bénéfices des activités minières (James Lambert en 2004) ou jetant le discrédit sur les mouvements civils d’opposition à l’industrie extractive (Kenneth Cook en 2007). L’appui diplomatique est à d’autres reprises provenu d’autres acteurs politiques comme l’ex-gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean, ou le ministre des affaires étrangères Peter Kent en 2009. Ces interventions prennent un biais évident en faveur des entreprises minières canadiennes, vantant leurs bienfaits et leurs promesses de développement alors que des organisations de défense des droits humains et des études scientifiques ont clairement porté à leur attention les graves problèmes entraînés par l’industrie au Guatemala. Le projet de loi C-300, qui avait pour objectif de rendre l’appui gouvernemental aux entreprises conditionnel au respect des droits humains à l’étranger, a d’ailleurs constitué une occasion ratée puisqu’il a été défait par une mince majorité de députés fédéraux en 2010.


  1. TMX Toronto Stock Exchange Mining Sector Sheet, Global Leader in Mining, et Americas Policy Group’s Briefing Note: Mining, Avril 2012, en ligne http://www.ccic.ca/working_groups/apg_e.php 

  2. Industrie Canada, Les multinationales comme agents du changement, définition d’une nouvelle politique canadienne, Lorraine Eden, 1994, à la page ii. 

  3. Affaires étrangères, commerce et développement Canada, rapport Priorités et progrès : Le Canada dans les Amériques, 2009, en ligne : http://www.international.gc.ca/americas-ameriques/assets/pdfs/Report2009-fra.pdf et Réseau canadien pour la reddition de compte des entreprises (RCRCE), rapport Affaires douteuses, pratiques douteuses : Le soutien du gouvernement fédéral aux entreprises minières, pétrolières et gazières canadiennes à l’étranger, mais 2007. 

  4. TSX Bourse de Toronto http://www.tmx.com/fr/ et Comité pour les Droits humains en Amérique latine, La Bourse de Toronto, en ligne : http://cdhal.org/mines#Bourse_de_Toronto 

  5. Ibid, rapport du RCRCE.